Les contrats signés par les prédécesseurs ne convenaient plus. Nos Huiles ont décidé qu’il était temps de changer. La domination de Microsoft doit cesser. Cette compagnie impose ses outils depuis trop longtemps. Dehors Windows. Adieu Teams. Et basta de la suite Office. Nos vaillants ministres du numérique ont décidé de “réduire les dépendances extra-européennes”.
Les ambitions sont claires. Nos chers fonctionnaires devront utiliser Linux et des applications dont les sources sont auditables. Un plan global sera proposé d’ici la fin de l’année, 2026. Avant cela, une cartographie de tous les équipements et logiciels utilisés dans la fonction publique doit être réalisée.
En bon élève, la Caisse nationale d’Assurance Maladie indique déjà utiliser Tchap, Visio et FranceTransfert en remplacement des outils Teams de Microsoft. Tremblez Microsoft, Meta, Google, … les geeks institutionnels sortent leurs armes. Mais où sont les serveurs institutionnels ?
L’annonce de la DINUM parle de souveraineté numérique. Doit-on entendre que les services remplaçants seront hébergés sur le territoire français ? Ou va-t-on partager nos ressources avec nos alliés européens ? Des acteurs privés seront-ils choisis ? Ou un service public du numérique bâtira-t-il des centres de calculs et de données ?
Beaucoup de questions et aucune réponse pour le moment. Il faudra attendre juin pour que des “rencontres industrielles du numérique” présentent les grandes orientations. Mais prenons un exemple concret.
Windows est majoritaire sur les postes des fonctionnaires. A part quelques grands chefs sous macOS (Apple), le fonctionnaire est habitué à son environnement de travail. Il existe des versions de Linux très proche graphiquement de Windows. De plus, la plupart des services utilisés sont en réalité des applications Web (qui tournent dans un navigateur).
Dans ces conditions, la migration devrait s’envisager facilement. Choisir une distribution Linux. Le choix n’est pas aisé vu la variété des versions. Personnellement, je partirai sur une Debian. Créer une branche à part (un fork) pour s’assurer des applications de bases accessibles au fonctionnaire et des outils de gestion de parcs informatiques.
Je n’imagine pas une seconde que le Gouvernement propose sa sortie de l’écosystème de Microsoft sans avoir évalué ce dernier point, la force des outils de la firme de Redmond étant située dans la facilité de supervision des infrastructures. Les experts du Gouvernement doivent être sur la brèche depuis quelques années.
Le remplacement du système d’exploitation ne sera donc pas le plus compliqué. Non. L’enfer est dans le détail. Si 80% des applications utilisées quotidiennement dans les administrations ne devraient pas poser de problèmes, c’est dans le 20% restant que cela va bloquer.
Après avoir informatisé entièrement un domaine, les chefs de services devraient expliquer à leurs collaborateurs que pour la procédure X, ils vont devoir revenir au papier ? Pour les applications exclusives à Windows, les mécanismes d’émulation comme Wine sauront faire tourner ces applications récalcitrantes qui ne jurent que par Windows. Ouf …
Mais il reste encore 10 % d’applications qui ne passeront pas parce que écrites directement sur des outils propriétaires. Le populaire Power BI apprécié de nos très cher décideurs doit leur donner des sueurs froides après l’annonce de la DINUM. Et ce n’est pas le seul point de blocage.
Va-t-on avoir une migration à 2 vitesses comme ce fut le cas par le passé avec la suite Office ? Dans sa migration, l’Etat s’entourera-t-il des experts des logiciels libres (indépendants mais pauvres) ? Ou son choix sera-t-il influencé par d’obscurs cabinets américains ?
Beaucoup de questions et peut être une réponse dans quelques mois, avec notre argent. Je ne suis pas sûr qu’on fasse des économies.
