C’était un directeur de formation universitaire qui se voyait au centre du monde. En tout cas, il était celui de son monde et donnait son avis persuadé que l’avenir lui donnerait raison. “L’avenir !”, disait-il, “Ce sera le client/serveur. Mais pas n’importe lequel. Les clients seront des terminaux passifs”.
Avant de continuer mon histoire, il me faut vous définir ces notions de client, serveur et terminal passif. Le client est l’équipement qui expose un service à un utilisateur. Prenons un exemple, Whatsapp. L’application affiche la liste de vos contacts et vos conversations sur l’écran de votre téléphone.
Les conversations et votre profil sont conservés sur un serveur. Ce dernier permet la mise en relation entre les interlocuteurs, le stockage des conversations, le partage d’images, de photos, … On parle d’architecture client/serveur. Les clients se chargent de la mise en forme des données et tâches simples. Le serveur gère tout le reste.
Dans le cas du terminal passif, l’avenir selon notre huile, le client ne fait qu’afficher des images envoyées depuis un serveur. Avantage, il n’y a rien a installé sur l’équipement de l’utilisateur. Cela simplifie la maintenance. Inconvénient, c’est le serveur qui fait tout et la bande passante avec le client doit être importante.
Même de nos jours, cette stratégie mettrait à genou Internet. Et pas de réseau, pas de service. Mais notre grand homme n’en avait cure et traitait d’insolent tout étudiant, tout thésard ou tout collègue qui osait apporter une vision différente.
Cultivant sa ressemblance avec Georges Brassens, les bacchantes épaisses et entretenues, il se plaisait à organiser des réunions où il conviait ses collègues. Le titre de directeur ne lui suffisant pas, il voulait celui de président au niveau national. Il cherchait le succès et professait sa pensée. “Corrélation n’est pas causalité.” se plaisait-il à répéter.
Certes, que 2 phénomènes semblent évoluer de concert ne veut pas dire que l’un est responsable de l’autre. Les outils statistiques doivent être confirmés par des études précises avant de généraliser. Cet article sur l’effet cigogne explique bien le concept.
Mais le jaloux se servait de ce sophisme pour ne pas reconnaître les réalisations de ses collègues. Utiliser les outils statistiques pour acquérir de la connaissance et découvrir des phénomènes. “Attention !” disait le grand homme. Jamais, il ne validerait des concepts comme le datamining.
“Non. L’informatique est un sujet sérieux avec lequel il ne faut pas faire n’importe quoi.”. Utiliser les statistiques pour anticiper les situations ou découvrir les relations, cela sonnait comme une hérésie pour le saint homme. D’ailleurs il avait cocufié un des chercheurs qui explorait cette voie.
Le temps lui donna encore tort. Les intelligences artificielles, si populaires de nos jours, se basent sur ces outils que rejetait le colérique. S’il est vrai que corrélation n’est pas causalité, en croisant toutes les données disponibles, l’outil permet aux chercheurs de faire des découvertes sans avoir recours à des armées de statisticiens sur des décennies.
Il se voulait Brassens, il n’était qu’un petit tyran adulé par des fayots, et le seul enseignant qui séchait ses propres cours. Intimidant les uns, menaçant les autres, ses grands principes n’étaient motivés que par un égo surdimensionné.