L’illusion du choix

Je poursuivrai plus tard ma série de l’été sur les algorithmes de compression, mais au détour d’une conversation, une réflexion m’est venue. En lien avec certains comportements toxiques, cette méthode de gestion s’applique à tous niveaux pour s’assurer de la docilité d’un groupe. 

La meilleure manière de soumettre des individus est de multiplier les procédures au nom de la sécurité et de la liberté. Plus l’individu est soumis à des règles et moins il réfléchit à son environnement, persuadé que les multiples procédures le protègent de toute avarie. Les croyances ont la vie dure même lorsque l’observation ne coûte pas. 

C’est ainsi que l’État ritualise les petites règles afin de ne pas laisser à ses administrés le temps de réfléchir. Les auto-déclarations étant le summum de cette stratégie, donnant à sa victime l’illusion de sa responsabilité. Au temps de l’informatique, l’information n’a besoin d’être déclarée qu’une fois. 

C’est ainsi qu’au nom du projet, le responsable multiplie les outils de reporting au lieu de statuer sur les besoins du client et sur les stratégies utilisées. Les développeurs se retrouvent plus en difficulté devant un tableau de suivi à l’heure que face à une procédure récursive d’un cadre de travail performant. 

Infantiliser des adultes ne les rend pas meilleurs. Au contraire, cela les prive d’une vision globale qui donne un sens à leur travail. Même les informaticiens chargés de créer les outils de reporting doivent avoir conscience du paradoxe. Travailleraient-ils mieux si tout étaient définis à l’avance ?

Parce que aussi précis que soit un plan, il ne pourra jamais anticiper l’imprévisible. Et l’informaticien n’est pas un administratif. Lui demander de faire ce travail revient à le sortir de son rôle. Son objectif est de s’assurer du respect du cahier des charges. C’est au chef de projet de suivre le travail de ses collègues par un minimum d’actions.

Au lieu de quoi, on se retrouve à multiplier les saisies d’activités dans 4 ou 5 logiciels pour qu’au moindre incident, personne ne se risque à proposer une solution de peur de sortir des rails administratifs et ne doive justifier son action par encore plus de déclaration en subissant la colère du chef.  

Pourtant, ce n’est pas comme si l’un des objectifs de l’informatique était de simplifier les procédures en partageant l’information. 

Mais prenons un exemple logiciel. Vous allez sur Internet avec un navigateur. Il faut imaginer qu’il existe des dizaines de milliers de paramètres derrière ces logiciels. Le seul moteur de rendu, Chromium, compte plusieurs centaines d’options à activer ou non suivant votre configuration. 

Pour autant, vous ne vous posez pas ces questions puisque des spécialistes ont fixé ces choix pour vous. Et vous naviguez l’esprit tranquille, concentré sur vos objectifs.  

Il en est de même pour d’autres logiciels. Fini les années 90 où aligner un maximum d’options dans un menu était gage de professionnalisme. De nos jours, les barres de recherche permettent de retrouver le mécanisme attendu. Certains logiciels proposent des options de niveau (débutant, confirmé, expert) comme dans des jeux vidéo.

Suivant votre métier ou vos objectifs, l’usage d’un outil en sera différent. Et on ne posera pas les mêmes questions. Noyer les gens sous l’information n’a jamais été productif.

Pourtant dans le monde administratif, certains responsables sont boulimiques de datas. Ils veulent toujours plus de rapports d’activité, de documentations, de comptes-rendus … qui ne calent plus les meubles, dématérialisation des écrits oblige, mais ne sont pas pour autant pris en compte par le demandeur. 

Adeptes de la frénésie rédactionnelle, ils s’assurent qu’aucun subordonné ne leur fera de l’ombre puisque ces derniers sont occupés à rédiger et contrôler la validité des écrits. Cette méthode de gestion permet de créer des couches de métiers inutiles et justifie leur maintien en place. 

Nos gouvernants usent des mêmes stratégies. Malgré les promesses d’un choc des simplifications, l’obligation de tout prouver plusieurs fois assure la place de certains rôles administratifs devenus inutiles depuis longtemps. Et tout le monde trouve cela normal. 

Ne prenez pas cet article comme un manuel de manipulation. Mais si vous voulez devenir gourou, éloignez vos fidèles du monde réel en multipliant les petites tâches futiles. Et si vous êtes humains, méfiez-vous de ceux qui multiplient les demandes inutiles. 

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