L’intelligence artificielle (IA) fait son entrée dans les services informatiques des entreprises. Le métier de développeur serait menacé. Avant cela, distinguons les différents degrés de maturité d’intégration de ces nouveaux outils. Je vous propose un classement par étage même si la réalité est bien plus nuancée.
Rez-de -chaussée : le donneur d’ordre
Le niveau de départ de ce type de développeur est d’exprimer ses besoins et de laisser faire les assistants numériques. Ces derniers décident pour tout : le langage, le cadre de travail, la technologie, … afin de correspondre au besoin.
Le donneur d’ordre se sent comme chef qui encadre une équipe de développeurs virtuels. Chaque agent a sa spécialité : codage, architecture logicielle, architecture technique, … Il ne comprend pas les choix de ses subordonnés mais les valide tant que le résultat semble cohérent. Pardon, tant que la qualité de service est là.
L’IA reprend ici toutes les joies de la programmation no-code. Les premiers prototypes semblent répondre correctement. Alors, le donneur d’ordre enchaîne les demandes toujours plus complexes.
Le risque est le manque de méthode. Si le responsable ne vérifie que les nouvelles fonctionnalités et demande à ses assistants virtuels de prendre en charge les tests des autres fonctionnalités, les problèmes peuvent survenir. Tentera-t-il la réécriture complète ?
Premier étage : le novice
Ce profil ne maîtrise pas les choix technologiques que lui propose l’agent virtuel. Contrairement à son collègue du rez-de-chaussée, le besoin de comprendre est présent. Il manque de recul sur les choix et va donc questionner l’IA sur chaque décision.
En parallèle des avancées des agents virtuels, il va se renseigner sur chaque choix afin de pouvoir auditer le code. Pardon, il va lire le code et les fichiers de configuration afin de comprendre malgré ses lacunes. Demander à l’IA est l’option de facilité mais bien plus rapide que la documentation officielle ou tout autre blog, forum et tutoriels.
Il se retrouve à faire répéter les assistants virtuels sur ses choix jusqu’à comprendre tel ou tel mécanisme. Lorsqu’il rencontre une difficulté, il va chercher lui-même avant de se résigner à demander à l’IA de corriger. Contrairement à son collègue, sa demande sera formulée plus précisément et permettra une correction sans réécrire l’ensemble du projet.
Le novice se voit progresser en même temps que le projet avance. Et même s’il doute, même si l’envie de repartir de zéro au niveau technique est grande, plus il comprend les choix des agents virtuels. Le novice acquiert de l’expérience et évolue en …
Deuxième étage : le collègue
Profil évolué du novice, avec son expérience il a compris que les architectures logicielles et techniques doivent être maîtrisées. Chaque programme d’une même application doit respecter les structures communes. Chaque application doit être intégrée au réseau commun et accessible par les utilisateurs.
Il est le collègue des assistants virtuels et s’assure de l’homogénéité de leurs créations. Il n’hésite pas à faire réécrire des composants si ceux-ci ne respectent pas les lignes directrices définies en amont.
Il supervise aussi la production de code et accepte ou rejette les propositions de l’IA. Il peut éviter ainsi les régressions dans le cas d’une modification d’un composant commun. Sa compréhension et ses capacités d’intervention restent limitées.
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Pour revenir à mon constat introductif, le métier de développeur n’est pas menacé. Il évolue. Le besoin de production manuelle de code diminue. Le métier est loin de se limiter à cela. Et les clients, les utilisateurs ont toujours de nouveaux besoins. Il y aura toujours du travail pour les gens volontaires.
Il existe probablement d’autres niveaux de maîtrise du codage assisté. Je n’ai commencé que depuis 2 semaines et j’aperçois le sol du second étage. Je ne peux donc vous décrire les autres étages. Peut-être apercevrai-je l’étage des érudits ? Il y a cependant un niveau que je ne connais que trop bien tant il m’agace.
Le sous-sol : le chef (bonus)
Il se moque de comment tout ce bazar fonctionne. Les commerciaux d’une grande entreprise lui ont fait une démonstration tellement éclatante qu’il a décidé d’intégrer à grand frais les assistants virtuels comme un nouveau service de l’entreprise.
Pendant quelques semaines, il crée des applications qui facilitent son travail, sans se préoccuper de leur intégration dans le système d’information de l’entreprise. Après tout, c’est le travail des subalternes.
Mais ses demandes incohérentes et son manque de méthode dans le domaine informatique fait qu’à chaque demande d’évolution d’une mini-application, des erreurs, toujours plus nombreuses apparaissent.
Dans la tour inversée, il délègue donc la création à l’étage inférieur et exprime ses besoins avec la même délicatesse qu’il le faisait avec les assistants virtuels. “Après tout, il a mieux à faire que de petites applications. Il a déjà amené une révolution technologique. Maintenant c’est aux autres de faire leur travail.”
