Le verbiage institutionnel, c’est un mauvais comédien qui pense incarner son rôle sans en comprendre les contraintes. Tel sujet est à la mode ? Inutile d’étudier le domaine technique. Quelques lectures et entretiens avec les éminences du sujet font de vous un expert. Vous donnez alors votre avis qui vaut parole de vérité.
C’est ainsi qu’au sein de prestigieuses institutions, des parasites de l’échelle hiérarchique se proclament soudainement experts dans des domaines de pointes, et donc dignes d’expliquer jusqu’au directeur général l’importance d’appliquer telle ou telle méthode.
Ce qui distinguent les scories informatiques des réels experts, c’est leur absence, souvent totale, de mise en pratique de la matière dont elles prétendent en être la crème. En apparence, leur discours semble sans faille. Verbeux, complexes, basés sur les termes du domaine, l’illusion semble parfaite … pour le non-initié.
Mais la démonstration ne tient pas longtemps dès le moment où l’on expérimente la théorie de l’imposteur. La contrainte est qu’entre la théorie fumeuse et sa mise en pratique, il peut se passer des mois, voire des années. Laissant le temps à notre escroc de changer de service.
La hiérarchie se moque de la réalité. Au mieux, le Directeur, fier d’avoir annoncé l’entrée de l’entreprise dans la modernité, fera semblant de ne jamais avoir prononcé des absurdités telles que “L’intelligence artificielle est raciste et sexiste. Il faut des gardes-fous pour profiter malgré tout de ses apports”.
Et c’est ainsi que l’on prive les analystes, les développeurs, les architectes, d’outils qui auraient facilité leur travail et amélioré leur productivité. L’amélioration continue est systématiquement sacrifiée sur l’autel de la promotion interne. …
Ainsi, il devient interdit d’installer des outils modernes. Passez des heures dans des documentations techniques quand un simple chat vous donnera la réponse. Multipliez les rapports inutiles. Répétez les contrôles automatisables. Vous connaissez le domaine mais vous n’avez pas l’oreille des décideurs.
Alors que lui, l’ardélion, OUI. Que connaît-il de l’apport réel d’une technologie ? Rien. Et il abuse des notes pompeuses et ciblées. Seule sa progression l’intéresse. Si la poudre de perlimpinpin l’aide à avancer, il en jette par poignée dans des notes vides de sens qui éblouissent ses responsables.
Il n’est pas spécialiste qu’en IA. Il est tout autant incompétent en sécurité. Et pour cette raison, il se montre prolixe en conseils. Son principal mot d’ordre est “Ne changeons rien”. Pour cela il est capable de pondre des notes de plusieurs pages qui ne concluent sur rien et endorment ses lecteurs.
Dans un domaine en perpétuelle évolution, où la menace se nourrit de l’immobilisme, les résultats sont catastrophiques. Pourquoi écouter le jeune ingénieur réseau qui étudiait les différentes menaces quelques années précédentes à l’école, là où notre expert à 20 ans d’expérience … en réseautage.
D’ailleurs son principal talent est le domaine de la productivité. Lorsque tous les autres domaines à parasiter sont occupés par ses comparses, il reste cette carte magique. “Nous ne sommes pas efficaces parce que nos process sont anciens, il nous faut implémenter la méthode <méthode> validée par les entreprises <pays_en_avance>”.
Si l’argument fait mouche, il deviendra responsable de la mise en pratique de la nouvelle méthode. Ne vous attendez pas à une courbe en J. Au mieux, au bout de quelques mois, les services observés retrouveront une productivité équivalente. Et l’importun retournera dans la rédaction de notes hiérarchiques.
Experts de votre domaine, prenez du recul et appliquez leur méthodes. Je sais que c’est contre-nature pour les introvertis que nous sommes, mais laisser la parole à ces imbéciles n’a jamais provoqué que des catastrophes. C’est à vous de faire remonter la réalité aux décideurs, sans passer par ces parasites.
