Grain de riz

Je sais bien que je me répète. Mais l’évolution des performances des équipements informatiques  est hypnotisante. Avez-vous déjà observé une croissance exponentielle ? Imaginez un échiquier. Vous déposez 1 grain de riz sur la première case, 2 grains sur la suivante, 4 (22) grains de riz sur la suivante, puis 8 (23) … jusqu’à la 64ème et dernière case.

Un grain de riz pèse un peu plus d’un quart de gramme. Vous dépassez le paquet de 500 g de riz à la 12ème case, 500 kg à la 22ème case, 500 tonnes à la 32ème case. Il y a déjà 1000 tonnes sur le plateau et la masse double par cases restantes. Le plateau devrait au final supporter 4 x 1015 kg de riz. 

Arrêtons-nous à la 32ème case. Pour la comparer à la première case, cela revient à comparer un Airbus A380 et un grain de riz. C’est à peut prêt l’écart qu’il y a entre la puissance de calcul du premier microprocesseur (le 4004) et  un microprocesseur moderne, en 55 ans. La loi de Moore dit-on.

La différence est de taille. Façon de parler puisqu’ici, le format de l’objet n’a quasiment pas changé. D’ailleurs, des petits malins ont démarré un système d’exploitation moderne avec. D’autres s’interrogent pour savoir s’il peut faire tourner Doom. Sûrement. Par contre, il faudra un peu diminuer la qualité des graphismes et la fréquence d’affichage.

Il faut comprendre que le 4004 a rendu l’informatique ‘accessible’. Près de 100 000 opérations par seconde en 4 bits. C’est un grain de riz. Aujourd’hui, à tarif équivalent, nous sommes sur la 32ème case de la puissance de calcul pour l’informatique grand public. 

Pour autant, nos besoins ont peu évolué. Traiter du texte et des opérations simples est à la portée du 4004. L’informatique émerge réellement 10 ans plus tard avec le premier ordinateur personnel basé sur un processeur 8086. Nous sommes alors sur la 4ème case. Ce processeur 

Pour les interfaces graphiques et des images. Windows 1.0 arrive en 1985 sur des processeurs Intel 80286 de 1982. Nous sommes alors sur la 5ème case. Images et sons deviennent manipulables par les professionnels. En 1986, le processeur Intel 386 atteint la 7ème case. 

Avançons dans le temps. Le premier Doom attendait un processeur Intel 486 en configuration minimale. On atteint la 8ème case de la puissance de calcul. En grains de riz, vous avez deux sushis. Pourtant, avec ce processeur, on pouvait lire des vidéos, accéder à Internet, écouter de la musique, programmer, travailler, … 

L’ordinateur n’était pas des plus réactifs, mais à l’époque, c’était une révolution. Aujourd’hui, nous sommes à la 32ème case et il faut bien occuper tant de puissance. Une mode en chasse une autre. Les jeux vidéo sont des grands consommateurs de cette puissance. Mais le réalisme semble atteindre des limites. 

Et pour cause. Pour atteindre le réalisme, il faut que des dizaines de corps de métiers s’enchaînent. Graphistes, musiciens, animateurs, scénaristes, programmeurs, … la précision coûte cher pour un jeu dont la rentabilité est peu évidente. Le plateau du divertissement semble atteint. 

Cherchons des applications plus sérieuses. Les blockchains adorent la puissance de calcul. Pourtant, la récente chute du cours des cryptomonnaies et l’augmentation démesurée des prix des mémoire indiquent désormais la priorité aux intelligences artificielles. Nvidia ne va pas s’en plaindre. 

Mais revenons au sujet principal. Si nous n’avons pas conscience de ces évolutions exponentielles, c’est parce que nous créons un référentiel et que nous comparons avec ce que nous connaissons. 

Lorsque j’ai eu accès à l’informatique moderne, celle-ci était à la 10ème case. Je compare le grain de riz à 25 sacs de riz de 20kg. Vous savez, ce sac placé en bas de l’étagère du rayon asiatique dans les supermarchés, ceux achetés par les familles nombreuses.

Alors quand je programme, je fais en sorte que mes applications ne dépassent pas un repas. Il faut bien en laisser pour les autres.  

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