Ne dites rien …

Ne dites rien …

‘Ne me dites rien ! Vous avez besoin d’un nouveau téléphone !’. La publicité est partout sur Internet Il faut dire qu’elle finance la plupart des ressources auxquelles vous accédez quotidiennement. Non, ce n’est pas votre abonnement internet qui paie les plateformes d’agrégation et les créateurs de contenus. Lui sert à payer le déploiement et l’entretien des réseaux. La publicité est donc la première source de financement. 

Alors comment produire et exposer des contenus ‘gratuits’ ? Par le mécénat ? Ce n’est pas encore très développé. Par le bénévolat ? Les utopistes ne sont pas légion sur la toile. Non. La réponse est la publicité. Comme le dit souvent Patrick Beja, si c’est gratuit, c’est que c’est vous le produit. Vous, le potentiel client. Mais pour comprendre cela, il faut s’intéresser à son fonctionnement. La publicité en ligne se compose de trois acteurs : le client, le vendeur et le site.

Un vendeur souhaite attirer des clients. Il sait que tel site est très visité par sa clientèle cible et demande donc s’il peut y mettre sa publicité. Il paie pour cela. Le futur client se connecte à son site préféré, voit la publicité et, s’il est intéressé, peut aller sur le site du marchand pour acheter le produit. Ce mode de fonctionnement remonte aux origines d’Internet. Le site est rémunéré en fonction de l’audience qu’il redirige vers le vendeur. La maintenance de votre site préférée n’est pas gratuite. 

Ce mode de fonctionnement est intéressant pour les sites à très forte audience : Google, Facebook et YouTube. Ces sites représentent une grande partie du Trafic Internet. De plus, ils ont une connaissance très précise de leurs visiteurs. Facebook connaît votre vie privée. Google sait ce que vous cherchez. Ces sites ont donc créé des profils très précis de leurs visiteurs. Et ce sont ces profils qu’ils vendent … aux vendeurs

Pour se rémunérer, ils proposent aux vendeurs de cibler leur clientèle. Ils proposeront vos publicités uniquement aux personnes qui peuvent être intéressé. Si vous vendez des vélos à Toulouse, il est inutile de montrer votre publicité à des habitants de Lille. De plus, les profils de sportifs et d’écologistes sont plus susceptibles d’être intéressé que les amateurs de Macdo ou de BMW.

Pour connaître votre profil, ces géants analysent toutes vos actions. Ils savent ce que vous consultez puisque vous utilisez leurs services. Ils utilisent des cookies pour vous identifier. Ensuite, ils se souviennent de ce que vous avez demandé. Un cookie est un fichier écrit sur votre ordinateur. Il permet par exemple de se souvenir de ce que vous avez vu ou mis dans votre panier si vous êtes sur un site marchand. 

Mais tout le monde n’est pas Google ou Facebook. Un 4ème acteur s’est ajouté dans l’équation. L’intermédiaire. Il permet à tous les sites, mêmes les plus petits, d’obtenir publicitaire. Pour cela, il met en relation les vendeurs et les sites en créant une bourse d’échange. Il connaît des milliers de sites qui lui fournissent les profils de ses visiteurs et des milliers de vendeurs qui sont intéressé par afficher de la publicité vers les bons clients

L’intermédiaire prend sa commission au passage et connaît votre profil. Ainsi, les sites ‘gratuits’ arrivent à se financer. Mais Internet est bien plus grand. L’intermédiaire n’est pas seul. Ils sont légions à agir de la sorte. Et pour encore mieux vous cibler, ils ont décidé de mettre en commun les informations qu’ils ont sur vous dans une sorte de bourse d’échange. Votre profil est ‘anonymisé’ et revendu, de telle sorte que les publicités vous suivent quelque soit le site où vous allez.

En plus de cela, les publicités se sont multipliées. Ce ne serait pas un problème si elles n’étaient pas 10 fois plus lourdes que le site sur lequel vous allez. Entre les fenêtres qui se superposent, les cadres sur tous les bords du site et les vidéos promotionnelles qui se lancent sans qu’on ait rien demandés, certains sites sont devenus exaspérants, et l’emploi d’un antipub devient alors presque indispensable. 

Nos politiques ne pouvaient décemment autoriser que la vie privée de leurs concitoyens soient exposée de la sorte, sans que cela ne rapporte rien. Les paradis fiscaux, des havres de paix pour tant de grands sites et d’intermédiaires. Pour nous protéger, ils ont donc inventé la RGPD. En pratique, les sites doivent vous dire quelles données ils enregistrent sur vous, avant de les vendre aux intermédiaires et supprimer ces données si vous le souhaitez.

En pratique, çà ne sert à rien. Vous validerez le message sans le lire. Il faut dire qu’ils ont tout fait pour le rendre pénible. Il occupe une bonne partie de l’écran, si ce n’est pas tout l’écran. Pour désactiver la vente de vos données aux intermédiaires, il faut désactiver parfois des dizaines d’options réparties sur des pages écrites en tout petit, et vous, vous ne voulez qu’accéder à cet article ‘accrocheur’. Vous avez donc cliquez sur ‘Tout accepter’ et donc accepté aussi les cookies des intermédiaires.

Ce système ne permet pas de rémunérer correctement les créateurs de contenus. Ainsi, la qualité de l’information a baissé et on se retrouve avec des contenus ‘pute à clic’ ou complètement biaisés par tel ou tel sponsor, quand ce n’est pas le vendeur lui même qui finance le créateur. Les vendeurs rémunèrent les intermédiaires et les sites d’agrégation de contenus, pas les créateurs. Lors de la ruée vers l’or, ce sont les vendeurs de pelles qui ont fait fortune. 

D’autres mécanismes de financement existent. Les abonnements et les sites de mécénats tels Tipeee permettent aux créateurs de proposer des contenus intéressants et complets. Mais çà, ce sera pour un autre article. 

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