Faiblesses matérielles

Dans le cadre de sa première expérience professionnelle, les difficultés rencontrées par Olivier ne sont jamais insurmontables. Certes, la documentation de l’application de GRH est loin d’être au niveau. Sur le plan technique, le logiciel accuse un certains laxisme de la part des développeurs précédents. Olivier, qui occupe son premier poste, ne peut pas faire la leçon à ses collègues en place depuis des années.

Cette première mission permet de remplir son CV. Il préfère regarder les aspects positifs. Il est installé dans un bureau avec les autres développeurs. Il a sa propre place avec le matériel fourni par le client. Son bureau est un peu étroit comparé à celui de ses collègues. Ses genoux touchent l’armoire basse s’il pivote. Pour sortir de sa place, il doit donc reculer sa chaise. 

De même, l’ordinateur mis à sa disposition est loin d’être à la pointe. La bête semble avoir 10 ans au compteur. Pour le moniteur, qui utilise des écrans cathodiques de nos jours. Il semble que la machine ait été sorti en urgence d’un vieux stock oublié dans les sous-sols de AllInc. Même au cours de ses études, il n’avait jamais manipulé une version de Windows aussi ancienne. 

Enfin, pour se connecter au réseau de l’entreprise, Olivier doit utiliser l’identifiant ‘stagiaire-11’. En attendant la validation de sa présence par le responsable de sécurité des systèmes d’informations (RSSI), il a donc un accès restreint sur une machine ancienne. Cela n’empêche pas le jeune employé de remplir sa mission. Mais ce matériel obsolète l’empêche de travailler de manière optimale. 

Allumer son ordinateur prend au minimum 5 minutes. L’accès à la messagerie interne est lent. Il est donc déconseillé d’arrêter le logiciel une fois ce dernier lancé. Il en est de même pour l’accès aux ressources documentaires. Alors, qu’il descend au café avec ses collègues, Olivier croise Monsieur Dumond et lui fait part de ces difficultés. Ce dernier le rassure. Il prendra la place et le matériel d’Éric le mois prochain.

Olivier souhaite continuer et évoquer le problème de l’identifiant, mais Monsieur Dumond semble pris par une réunion de direction qui commence prochainement. Il rejoint donc ses collègues à la cafétéria pour la pause réglementaire. Après tout, un mois c’est vite passé lorsqu’on doit s’adapter à un nouvel environnement. 

Effectivement, au départ d’Éric, Olivier hérite de son bureau et de son poste. Et il a enfin un compte utilisateur personnel. Dans ces conditions, plus rien ne gêne à son activité. Son environnement logiciel est à jour, il a un écran correct et son ordinateur paraît plus moderne, pourtant, les performances de la machine ne semblent pas s’être grandement améliorées. 

Surpris par ce constat, Olivier s’en entretient avec Monsieur Dumond. Ce dernier n’est pas obligé de s’expliquer sur le matériel mis à disposition, mais il comprend le retour du jeune prestataire. Un matériel performant permet aux salariés d’accroître leur productivité. Dans ces conditions économiser quelques centaines d’euros sur le poste de travail semble une absurdité.

Pourtant, c’est le choix de ses responsables. Le parc informatique de l’entreprise est géré par le pôle comptabilité. Ce dernier négocie avec des fournisseurs pour obtenir des réductions importantes. Ainsi, l’ordinateur d’un développeur et celui d’une secrétaire est le même. 

Olivier fait remarquer qu’un développeur n’a pas la même utilisation d’un ordinateur qu’une secrétaire. Il ne se contente pas de tâches simples et répétitives. L’exploitation d’un environnement de développement, la compilation de programmes sont des tâches longues et nécessitant des ressources importantes. 

Monsieur Dumond le sait et fait comprendre à Olivier que la décision de l’équipement informatique n’est pas de son ressort. Au mieux, il peut faire remonter ces difficultés à sa hiérarchie. Le prestataire sort du bureau laissant le chef de projet derrière son PC dernier cri. 

Olivier ne peut s’empêcher de se dire que cette logique est ridicule. Le choix du matériel devrait être réalisé entre l’expert métier et le décisionnaire. Il vaut mieux un bon outil qu’un outil bon marché. Les minutes perdues à chaque démarrage d’un ordinateur ou d’un logiciel, à la fin de l’année, coûte très cher. 

Pour éviter cela, il faut être en très bon terme avec le directeur de l’entreprise. Plus l’entreprise est grande, moins il y a de ponts avec les équipes dirigeantes. L’autre solution est de travailler à son compte, être en Freelance. Mais pour Olivier qui entre sur le marché du travail, cela ne semble pas possible. 

Ainsi, ce sont des experts-comptables, dont les compétences informatiques sont loin d’être au niveau de celles d’informaticiens, qui choisissent l’équipement de ces derniers. Imaginez la catastrophe si ce schéma était appliqué au monde médical.

J’ai de la chance !!!