La stratégie du chaos

La stratégie du chaos

La peur est l’un des plus puissants mécanismes utilisés pour manipuler les foules. Cette crainte de ne pas retrouver notre monde tel qu’on l’a laissé la veille nous entraîne vers des mesures liberticides. Bien sûr, cela ne peut se faire rapidement. Les manipulateurs doivent avancer progressivement en appliquant des stratégies de manipulation, voire de torture psychologique

La littérature y consacre de nombreux ouvrages dystopiques. Mais souvent le cadre est fixé. Le héros est dans un environnement corrompu où il doit subir un système inique. Dans ‘Le réveil’ de Laurent Gounelle, le narrateur prend le temps d’expliquer les différentes étapes de la mise en place de ces systèmes. 

L’histoire se base sur un schéma actantiel classique. Et c’est en restant spectateur que le héros voit son monde s’effondrer. C’est comme si Link se dit que si le tyran Ganon remplace le roi d’Hyrule, après tout, cela ne changera pas grand chose. Sauf que le héros peut être n’importe qui dans la vie réelle. 

Et à mon échelle, je regarde les incursions du monde réel dans le royaume informatique. Tantôt considéré comme responsable de la situation, tantôt utilisé comme réponse à tous les problèmes, le domaine numérique est souvent mis en avant. Alors regardons comment des mesures, en apparence anodines, sont déployées à notre insu.

Le coup d’envoi a été donné par la loi contre la manipulation de l’information, aussi nommée loi anti-fake news. Il paraît que nous sommes influencés par les hackers russes qui injectent des mensonges sur les réseaux sociaux. C’est donc aux professionnels d’Internet d’intervenir après la décision d’un juge. 

Pour un article mensonger, combien d’articles honnêtes qui mettent en avant leurs sources ? Mais si c’est l’État qui décide de ce qui est la vérité, à quoi peut servir la charte de Munich ? Pour quelques agitateurs vites repérés, une loi a été votée et s’applique au quatrième pouvoir qui à le choix entre se soumettre ou périr … financièrement. 

Mais ce n’était pas assez. Les ennemis de la vérité restaient trop actifs. Ainsi est arrivée la loi Avia. Sous prétexte de protéger contre la haine en ligne, des sociétés privées décideront de qui peut s’exprimer sur leurs réseaux … tant qu’elles respectent la législation en place. 

Tout le monde est d’accord sur le fait que les harceleurs, les violeurs, les pédophiles, les truands, les assassins, les dealers… ne devraient pas exister. Et il faut les combattre sur tous les terrains. Mais pensez-vous qu’ils vont se manifester sur les réseaux sociaux ? Par contre, pour bloquer toute critique du pouvoir, cette loi aurait pu se révéler efficace. 

On en arrive à la dernière décision dans la lutte contre le ‘MAL’ sur Internet : refuser de donner le code de son téléphone portable peut être considéré comme un délit.  “Mais si vous n’avez rien à cacher, il ne faut pas avoir peur”. Le concept de vie privée s’échappe petit à petit. On me rétorquera que la situation est très encadrée.

En effet, lors d’une enquête, les policiers peuvent perquisitionner des locaux. Le téléphone n’est qu’une extension numérique des possessions du suspect. Alors, si on reste dans le cas d’une garde à vue, l’accès aux informations numériques est acceptable. Mais les téléphones portent aussi de nombreux éléments privés.

Voulez-vous qu’un inconnu connaissent votre vie personnelle ? Et posez-vous cette question. Nos parangons de vertu qui prétendent agir dans le bien de tous laisseraient-ils des enquêteurs explorer leur espace numérique ? S’appliqueraient-ils les mesures qu’ils préconisent pour nous ? 

Et pensez-vous que ces mesures gêneront les vrais truands ? Les plus malins mettront en place des contre-mesures : un code de déverrouillage classique, un code pour afficher un profil honnête et un code pour effacer toutes les informations. En fonction de la situation, ils donneront le code convenable. 

Petit à petit, le crédit social se met en place. Mais pour un plat de lentilles, certains trouvent cela convenable. Comme dit Noam Chomsky “Le monde ne récompense pas l’honnêteté et l’indépendance. Il récompense l’obéissance et la servilité.”.

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